Le risque dans l'industrie et en gestion
Toute activité économique entraîne des risques, que les dirigeants doivent gérer et avant tout évaluer. Pour cela, il faut les identifier puis les réduire au minimum, assumer financièrement la charge de ceux qu'ils jugeront acceptables (en fonction de la taille et des capacités financières de l'entreprise), externaliser les autres, généralement auprès de professionnels de l'assurance, en souscrivant des contrats d'assurance.
L'identification des risques passe aujourd'hui par la compréhension du cycle de gestion, qui intégre les partenaires amont et aval (clients et fournisseurs), mais aussi, dans un environnement en interaction complexe avec l'entreprise, les autres parties prenantes (banques, société civile). Dans cette optique, l'évaluation des risques passe également par une analyse du cycle de vie des produits.
Cette démarche d'analyse et d'identification systématique est assez traditionnelle dans le monde industriel : maritime, aviation, nucléaire, pétrolier, industrie chimique… mais cela n'élimine pas totalement le risque (voir l'explosion de l'usine AZF à Toulouse). Elle se développe également dans le domaine de la santé, et plus précisément dans les établissements de santé, publics ou privés, où la gestion des risques et des vigilances sanitaires est devenue indissociable de la démarche qualité.
En revanche, l'analyse de risque est beaucoup plus récente dans le domaine de la gestion et de l'économie, qui en était relativement écarté du fait de l'absence (apparente) de risques directs sur la vie humaine. D'autre part, il existe, à l'intérieur des entreprises, une certaine déconnexion entre le domaine de la gestion pure, et celui de l'industrie, mais les liens existent néanmoins, puisque toutes les grandes entreprises industrielles doivent gérer leur activité, et cela se fait aujourd'hui à l'aide de l'informatique de gestion. D'autre part, la gestion des connaissances a tendance aujourd'hui à faire tomber les frontières entre la gestion et la technique pure, puisqu'elle s'intéresse aux connaissances et aux compétences de l'entreprise.
Dans les grandes entreprises, on trouve des équipes spécialisées à la tête desquelles œuvre un gestionaire du risque ou risk manager. Il a donc vocation à gérer les risques de l'entreprise qui l'emploie.
On a vu, avec le passage informatique à l'an 2000, qu'il était nécessaire de mettre en place dans les entreprises des équipes spécialisées dans la gestion du risque sous l'angle de l'informatique de gestion. Aujourd'hui, les questions de responsabilité sociétale des entreprises nécessitent, de la même manière, la prise en compte d'un risque global, vis-à-vis de la société civile (impacts de l'activité, risques liés aux produits défectueux, etc,)
Stratégies de gestion du risque
On distingue quatre manières de gérer le risque, par ordre croissant de coût :
* L'évitement :
L'activité présentant un risque, on ne fait pas l'activité. Du point de vue des décideurs, cette stratégie est la moins risquée et la moins chère, mais elle est un frein au développement de l'entreprise. De plus, la plupart du temps, elle reporte le risque sur d'autres entreprises, ou bien elle le remet à plus tard. Si le risque est susceptible de devenir majeur, l'évitement n'est pas un attitude responsable.
* L'acceptation :
Le risque est accepté et l'on contracte une assurance si on souhaite le transférer ou on le provisionne dans les comptes de l'entreprise à des fins de réduction des risques financiers ce qui ne permettra pas de réduire d'éventuels risques juridiques du dirigeant; cette approche ne permet pas de protéger les personnels ni l'outil de production tant qu'aucune volonté de réduction du risque ne se manifeste.
* La réduction du risque :
Veille, identification des risques par l'audit, analyse par la recherche des facteurs de risques et des vulnérabilités, maîtrise des risques par les mesures de protection et de prévention : c'est la démarche classique de gestion des risques.
Voir aussi : risque.
* Le transfert :
A titre financier, le transfert de risque s'établit lorsque qu'une assurance ou toute autre forme de couverture de risque financier ou garantie financière est contractée par le dirigeant confronté au risque. Ces garanties ne sont pas exhaustives pour couvrir le risque économique et financier. En cas de risque pénal pris par le dirigeant, ce transfert peut être réduit à néant.
A titre opérationnel et économique, ce transfert s'effectue lorsque l'entreprise sous-traite l'activité à risque sous une forme ou une autre (sous-traitance directe, en cascade, co-traitance, externalisation ou outsourcing) ; un sous-traitant sérieux et qualifié pourra faire payer très cher sa prestation mais aussi démontrer qu'il gère mieux le risque pour un prix équivalent voire inférieur, et le recours à un sous-traitant non qualifié ou dédaigneux du risque fera courir un risque encore plus grand.
Actifs non financiers
Ce sont les actifs « non circulant » ou immobilisés de l'entreprise : bâtiments, véhicules, machines,… auxquels s'ajoute le personnel employé dans le cadre de l'activité y compris les sous traitants (voir la responsabilité des mandataires sociaux)
Les outils de gestion du risque sont
* La prévention (ce qui suppose l'évaluation préalable du risque,
* La diversification des risques,
* L'assurance, qui ne couvre que le risque assurable,
* Et en matière financière, certains outils permettant de transfèrer le risque à des opérateurs disposés à le prendre, (soit dans une optique de spéculation, soit pour couvrir un risque inverse).
o La couverture du risque (aussi appelée « hedging ») par l'utilisation de contrats dérivés
o La titrisation, c'est à dire la transformation de l'élément risqué (par exemple une créance) en titre négociable. La titrisation permet de se débarrasser du risque en le transformant en "papier" et de le revendre.
Actifs financiers
La notion d'actif financier est une notion comptable. Par opposition, on parlera des passifs financiers.
Ce sont les liquidités financières de l'entreprise ou actif circulant.
Les principaux risques financiers peuvent être listés et couvrent généralemement quatre risques, à savoir :
* Le risque de contrepartie ou actions, c'est le risque que la partie avec laquelle un contrat a été conclu ne tienne pas ses engagements. (livraison, paiement, remboursement, etc.)
* Le risque de taux, c'est le risque des prêts-emprunts. C'est le risque que les taux de crédit évoluent défavorablement. Ainsi si vous êtes emprunteur à taux variable, vous êtes en risque de taux lorsque les taux augmentent car vous payerez plus cher. À l'inverse, si vous êtes prêteur, vous êtes en risque de taux lorsque les taux baissent car vous perdez des revenus.
* Le risque de change, c'est le risque sur les variations des cours des monnaies entres elles. Risque sensiblement lié au facteur temps.
* Le risque de liquidité, c'est le risque sur la facilité à acheter ou à revendre un actif. Si un marché n'est pas liquide, vous risquez de ne pas trouver d'acheteur quand vous le voulez ou de ne pas trouver de vendeur quand vous en avez absolument besoin. C'est un risque lié à la nature du sous-jacent (de la marchandise) mais aussi à la crédibilité de l'acheteur-Vendeur. En effet, il est facile d'acheter ou de vendre un produit courant à une contrepartie de confiance, mais plus difficile avec un produit très spécialisé. C'est la liquidité de ce produit. De plus, si l'acheteur/vendeur n'est pas crédible, le risque de contrepartie pour les éventuels fournisseurs/clients, les dissuade de traiter. L'acheteur/vendeur est en risque d'approvisionnement; en risque de "Liquidité".
Il y a d'autres risques mais la plupart se rapprochent de ceux-là. Par exemple, on parle de risque pays. Si un pays connaît une crise très grave (guerre, révolution, faillite en cascade, etc.) alors même les entreprises de confiance, malgré leur crédibilité vont se retrouver en difficulté. C'est un risque de contrepartie lié à l'environnement de la contrepartie.
Communication des entreprises en matière de risques
Pour les entreprises cotées soumises à des obligations de communication financière de plus en plus lourdes, les experts estiment avec les autorités boursières que cette communication est arrivée à "maturité".
Ce thème est systématiquement abordé dans les documents de référence, témoin d'une gestion globale des risques en interne (Enterprise Risk Management).
Si la trame varie en fonction du droit applicable à l'entreprise, les entreprises françaises cotées à Paris suivant la grille de l'Autorité des Marchés Financiers qui définit cinq rubriques :
1. risques financiers
2. risques juridiques
3. risques industriels et risques environnementaux
4. autres risques
5. assurances et couvertures de risques
Le degré d'information peut en tous les cas varier suivant la famille de risques considérée, le profil sectoriel de l'entreprise, la typicité de ses métiers, produits et services et de ses implantations géographiques.
Pour les entreprises non cotées, leur capacité financière sera déterminée souvent à la lumière de leur profil de risque dont la trame plus simplifiée est assez proche de celle des entreprises cotées.
Le département de gestion des risques d’assurance (« IRM ») d’EADS, centralisé au niveau d’EADS, est responsable de toutes les activités d’assurance et de protection du Groupe. Cela comprend l’identification, l’évaluation, la prévention et la protection des risques assurables. Les techniques d’assurance sont utilisées pour protéger les éléments d’actif et de passif d’EADS contre les conséquences financières résultant d’événements imprévus. Des polices et normes d’assurance harmonisées sont mises en oeuvre pour l’ensemble des risques d’assurance souscrits par le Groupe.
Un système complet d’information et de reporting est mis en oeuvre pour assurer que l’IRM, en étroite coopération avec les directeurs de l’assurance désignés par les Divisions et les unités opérationnelles du Groupe, est en mesure de réagir à tous les risques liés à l’assurance du Groupe.
La couverture d’assurance d’EADS est renforcée par une stratégie de gestion des risques d’assurance. Celle-ci inclut des modes stricts, ainsi que des règles en matière de contrats d’approvisionnement et de vente. Une procédure systématique d’examen et de suivi des systèmes de protection applicables à chacun des sites d’EADS est mise en place et permet une identification globale et à temps des risques et des ajustements nécessaires de la couverture d’assurance.
Les programmes d’assurance sont identifiés en risque élevé et stratégique (risque majeur) ou en risque de faible exposition (risque accessoire).
Les polices d’assurance couvrant les risques majeurs, souscrites par IRM pour le compte du groupe EADS, se rapportent à des risques tels que :
* Dommages aux Biens et Pertes d’exploitation
* Responsabilité civile Aéronautique, y compris la responsabilité civile produits aéronautiques
* Assurance Aviation Corps
* Responsabilité civile Espace, y compris la responsabilité civile produits spaciaux
* Responsabilité civile générale, y compris la responsabilité civile produits hors activités Aviation et Espace et responsabilité pour les risques environnementaux
* Responsabilité des mandataires sociaux et dirigeants.
Les sinistres relatifs aux Dommages aux Biens sont couverts à hauteur d’un montant maximum de 2 milliards d’euros par sinistre et par année d’assurance. La Responsabilité civile aéronautique est couverte pour un montant maximum de 2 milliards d’euros par sinistre avec un plafond total cumulé par année d’assurance de 2 milliards d’euros pour la responsabilité civile produits aéronautiques. Quelques sous-limites sont applicables pour les types d’assurance couvrant des risques majeurs, comme évoqué ci-dessus.
Les polices d’assurance couvrant des risques accessoires se rapportent aux risques suivants :
– Accidents personnels
– Assurance flotte automobile de la Société
– Biens et personnes lors des déplacements d’affaires
– Assurance-vie
Les lignes d’assurances couvrant des risques accessoires couvrent les montants assurés à hauteur des sommes assurées et valeurs à neuf respectives.
EADS suit une politique visant à obtenir une couverture d’assurance externe pour tous les risques principaux et individuels qui peuvent être assurés à des taux raisonnables, selon des modalités et des limites satisfaisantes offertes sur le marché international de l’assurance. Les standards de protection en assurance sont obligatoires pour l’ensemble des polices d’assurance.
Afin de contrebalancer, jusqu’à un certain point, la volatilité des marchés d’assurance, EADS se tournera à l’avenir vers les possibilités offertes par le système de captive d’assurance.
Le secteur de l’assurance, notamment en réponse aux événements du 11 septembre 2001, a entrepris des efforts pour réduire son exposition globale aux risques. Parmi ces efforts figurent l’augmentation des primes d’assurance, la hausse des montants des franchises et la limitation de l’étendue de la couverture du risque. En outre, le nombre d’assureurs acceptant de souscrire des risques industriels est en baisse. Rien ne permet de garantir qu’EADS sera en mesure de maintenir, dans l’avenir, les nivaux actuels d’assurance en présence de conditions financières similaires.
Plus généralement appliqué aux entreprises, la gestion du risque s'attache à identifier les risques qui pèsent sur les actifs de l'entreprise, ses valeurs au sens large, y compris, et peut être même avant tout, sur son personnel. On distingue généralement deux catégories d'actifs : les financiers et les non financiers.
Les dirigeants d'entreprises ont pour mission de rendre leur exploitation viable (équilibrer les charges avec les ressources) voire de la développer (ressources supérieures aux charges = production de richesse). Le résultat obtenu leur permettra de survivre (résultat nul) voire d'en assurer la pérennité en la développant (résultat positif).
Au-delà de la gestion financière des risques et du clivage risques financiers/non financiers, l'analyse approfondie des risques de l'entreprise impose une veille étendue qui peut s'assimiler à de l'intelligence économique et permettre d'établir une large grille des risques avec à chaque fois des veilles ciblées adaptées (politique, juridique, social, environnemental, etc.). Le phénomène de cause à effet est de plus en plus délicat à analyser avec l'effet systémique que peut présenter désormais la mondialisation financière et l'économie ouverte.
Sommaire
Source : Wikipedia